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Convention quasi-usufruit : fonctionnement, risques et garanties pour protéger les héritiers

Convention quasi-usufruit : fonctionnement, risques et garanties pour protéger les héritiers

Convention quasi-usufruit : fonctionnement, risques et garanties pour protéger les héritiers

La convention de quasi-usufruit, c’est typiquement le genre de clause qu’on signe « parce que le notaire l’a dit », sans trop savoir ce qui se cache derrière. Et pourtant, mal utilisée, elle peut littéralement faire disparaître l’héritage des enfants… sans que personne ne s’en rende vraiment compte avant qu’il ne soit trop tard.

Dans cet article, je vous propose de décortiquer, pas à pas, le fonctionnement du quasi-usufruit, ses risques pour les héritiers, et surtout les solutions pour sécuriser tout ça. Objectif : que vous sachiez précisément ce que vous faites lorsque vous acceptez (ou refusez) une convention de quasi-usufruit, notamment autour de l’assurance-vie.

Qu’est-ce que le quasi-usufruit, exactement ?

L’usufruit classique, vous connaissez sans doute : c’est le droit d’utiliser un bien et d’en percevoir les revenus, sans en être pleinement propriétaire. Par exemple, un conjoint survivant qui continue à vivre dans la résidence principale : il a l’usufruit, les enfants sont nus-propriétaires.

Le quasi-usufruit, c’est la même logique… mais appliquée à des biens qui se consomment ou se mélangent, comme :

Avec un quasi-usufruit, l’usufruitier peut utiliser librement le capital : il peut le dépenser, le placer, le faire fructifier… ou le dilapider. En contrepartie, il naît une dette de restitution à la charge de l’usufruitier, au profit des nus-propriétaires (souvent les enfants), exigible à son décès.

Dit autrement : le quasi-usufruitier « emprunte » le capital, à charge pour sa succession de le reconstituer plus tard au bénéfice des héritiers nus-propriétaires.

Le cas typique : le conjoint survivant et les enfants

Le quasi-usufruit se rencontre très souvent lors d’une succession, lorsqu’on veut protéger le conjoint survivant tout en préservant les droits des enfants.

Exemple classique : Monsieur décède, il laisse :

On souhaite que Madame ait de la souplesse financière : qu’elle puisse utiliser le capital, compléter sa retraite, faire face à des dépenses médicales, etc. En même temps, on veut que les enfants ne soient pas privés de leur héritage à long terme.

On met donc en place un démembrement :

Sauf que, pour des liquidités, on ne peut pas « bloquer » la nue-propriété dans un coin du compte bancaire : l’argent est, par nature, fongible. C’est là qu’intervient le quasi-usufruit.

Conséquence directe : Madame peut utiliser l’argent comme si c’était le sien. Mais, en théorie, à son décès, la succession de Madame devra rendre aux enfants le montant correspondant à ce qu’elle a reçu en quasi-usufruit.

Et c’est là que les ennuis commencent, si rien n’est formalisé correctement.

Le rôle fondamental de la convention de quasi-usufruit

La convention de quasi-usufruit est un acte écrit (souvent notarié, mais pas obligatoirement) qui va :

Sans convention claire, on se retrouve régulièrement avec :

Concrètement, une bonne convention de quasi-usufruit doit, a minima :

On n’est plus du tout dans la « petite formalité ». Ce document, c’est littéralement le contrat qui va protéger (ou non) les droits des enfants dans 5, 10 ou 20 ans.

Quasi-usufruit et assurance-vie : un terrain glissant

La convention de quasi-usufruit apparaît très souvent dans le cadre d’une assurance-vie, notamment lorsque le conjoint survivant est désigné comme :

Par exemple, une clause type :

« Mon conjoint, usufruitier des capitaux versés, et mes enfants, nus-propriétaires ».

Dans la pratique, la compagnie verse généralement 100 % du capital au conjoint, en considération de son usufruit, et les enfants nus-propriétaires reçoivent… une créance de restitution, matérialisée (ou pas !) par une convention de quasi-usufruit.

Résultat :

Mais si la convention est mal rédigée, ou inexistante, on peut se retrouver avec :

On est donc sur un outil puissant… mais qui exige une précision chirurgicale dans la rédaction, en particulier lorsqu’il s’articule avec la fiscalité spécifique de l’assurance-vie (articles 990 I et 757 B du CGI notamment).

Les principaux risques pour les héritiers

Utilisé sans filet, le quasi-usufruit peut sérieusement fragiliser les droits des nus-propriétaires. Les risques principaux sont les suivants :

Dit crûment : sans garanties, la créance de quasi-usufruit des enfants est parfois une jolie promesse inscrite sur un papier… mais qui ne vaut rien le moment venu.

Comment sécuriser la créance de quasi-usufruit ?

Heureusement, il existe plusieurs leviers pour sécuriser le quasi-usufruit et réellement protéger les nus-propriétaires.

Les trois grandes familles de solutions :

Les garanties réelles : adosser la dette à un patrimoine identifiable

On peut tout à fait sécuriser la créance de restitution en la garantissant sur des biens précis appartenant à l’usufruitier, par exemple :

Concrètement, cela signifie : « Si, au décès de l’usufruitier, la succession n’a pas assez de liquidités pour payer la créance, ce bien précis pourra être vendu ou utilisé en priorité pour rembourser les nus-propriétaires. »

Attention : ces garanties ont un coût (frais de notaire, mise en place juridique) et ne sont pas toujours adaptées (par exemple si l’usufruitier a un patrimoine essentiellement liquide, ou si l’on souhaite conserver une certaine flexibilité).

Les garanties financières : organiser la restitution future

On peut aussi envisager des outils plus « souples » pour anticiper la restitution :

Ces solutions ne remplacent pas la convention de quasi-usufruit, mais viennent la compléter pour lui donner une vraie « épaisseur économique ».

Les garanties juridiques : bien rédiger, bien tracer

Une convention de quasi-usufruit sécurisée, ce n’est pas que des chiffres et des signatures. C’est aussi :

Tout ce qui permettra, des années plus tard, de démontrer sereinement :

Ce travail peut paraître fastidieux… jusqu’au jour où il évite des dizaines de milliers d’euros de droits de succession en trop, ou un beau procès entre frères et sœurs.

Exemple concret : un cas de quasi-usufruit bien (et mal) géré

Imaginons la situation suivante :

Deux scénarios.

Scénario 1 : quasi-usufruit sans sécurisation

On attribue à Mme un quasi-usufruit sur les 300 000 €, les enfants sont nus-propriétaires, mais :

Mme vit encore 15 ans, consomme une bonne partie des 300 000 €, aide un petit-enfant, fait quelques mauvais placements. Au décès, il ne reste que 50 000 € sur ses comptes.

Les enfants tentent de faire valoir une créance de 300 000 € au passif de la succession, mais :

Résultat : les enfants paient des droits sur un patrimoine qui aurait dû être largement « neutralisé » par la créance. Et, de toute façon, le capital d’origine a disparu.

Scénario 2 : quasi-usufruit sécurisé

On met en place :

Au décès de Mme, son patrimoine restant est de 200 000 €. La dette de quasi-usufruit de 300 000 € figure au passif. La succession est techniquement déficitaire, mais :

Ce n’est pas magique, mais c’est structuré, clair, et acceptable pour tout le monde, y compris pour l’administration.

Quand la convention de quasi-usufruit est-elle vraiment pertinente ?

La convention de quasi-usufruit est particulièrement adaptée lorsque :

Elle est beaucoup moins adaptée si :

Dans ce cas, d’autres stratégies peuvent être plus pertinentes :

En pratique : comment avancer sereinement ?

Si vous êtes déjà concerné par un quasi-usufruit (ou si vous envisagez d’en mettre un en place), quelques réflexes utiles :

La convention de quasi-usufruit peut être un excellent outil au service de la protection du conjoint et de la transmission aux enfants, à condition de ne pas la traiter comme une simple formalité administrative. Derrière quelques pages d’acte, ce sont vos volontés, vos équilibres familiaux et, très concrètement, des centaines de milliers d’euros qui se jouent.

Autour d’un café, je résume souvent les choses ainsi : le quasi-usufruit, ce n’est pas « faire confiance les yeux fermés », c’est « faire confiance, mais les yeux ouverts, avec un bon contrat et des garanties solides ». C’est là que la convention bien rédigée et bien sécurisée fait toute la différence pour protéger réellement vos héritiers.

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