Se marier, c’est beaucoup de choses à gérer : la salle, le traiteur, les plans de table… et, moins glamour mais tout aussi important, la déclaration d’impôt l’année de votre union. Pourtant, bien choisie, cette étape peut vous permettre d’économiser plusieurs centaines d’euros, voire plus.
Dans cet article, on va décortiquer ensemble les choix fiscaux qui s’offrent à vous l’année du mariage, et comment les utiliser intelligemment pour payer le moins possible, sans jamais sortir des clous.
Rappel essentiel : comment le fisc voit votre couple ?
En France, l’impôt sur le revenu est calculé par foyer fiscal. Quand vous vous mariez, vous créez (ou fusionnez) un foyer fiscal. C’est important pour deux raisons :
- Le revenu global du foyer est additionné.
- Ce revenu est divisé par un nombre de parts (le quotient familial), puis l’impôt est calculé et multiplié par ce nombre de parts.
Pour un couple marié sans enfant, le foyer compte en général :
- 2 parts (1 part chacun).
Ce mécanisme du quotient familial permet souvent de faire baisser l’impôt quand l’un des conjoints gagne beaucoup plus que l’autre. Pourquoi ? Parce que les revenus élevés « tirent » moins brutalement le foyer dans les tranches supérieures lorsque les revenus sont additionnés puis divisés par 2.
Mais l’année du mariage, vous avez un choix à faire qui peut changer significativement la facture.
Année du mariage : deux options possibles pour votre déclaration
L’année de votre mariage (ou de votre PACS), vous avez le choix entre deux systèmes :
- Option 1 : une déclaration commune pour toute l’année.
- Option 2 : deux déclarations séparées, chacun de son côté, pour toute l’année.
Depuis la réforme de 2011, il n’y a plus de système avec trois déclarations (avant/après mariage). Vous choisissez donc entre « tout ensemble » ou « chacun chez soi » pour l’année entière.
Et cette option n’est possible qu’une seule fois : l’année de votre union. Après, sauf cas particuliers (séparation, décès…), ce sera déclaration commune par défaut.
Quand la déclaration commune est-elle la plus avantageuse ?
Dans la plupart des cas, la déclaration commune est plus intéressante. Elle est particulièrement favorable dans les situations suivantes :
Revenus déséquilibrés : l’effet « lissage » très payant
Imaginons :
- Marie gagne 60 000 € par an.
- Paul gagne 15 000 € par an.
Si chacun déclare séparément :
- Marie sera imposée comme célibataire sur 60 000 €.
- Paul sera imposé comme célibataire sur 15 000 € (peut-être très faiblement, voire pas du tout).
Si vous faites une déclaration commune :
- Revenu total du foyer : 75 000 €.
- Quotient familial : 75 000 € / 2 = 37 500 €.
L’impôt sera calculé sur 37 500 € pour une part, puis multiplié par 2. Autrement dit, une partie des revenus de Marie « redescend » dans des tranches d’imposition moins élevées grâce au quotient familial.
C’est typiquement le genre de situation où la déclaration commune permet une économie parfois très significative.
Un des deux ne travaille pas (ou presque pas)
Autre cas fréquent :
- Un conjoint est à temps plein avec un revenu correct.
- L’autre est en formation, en recherche d’emploi, en congé parental, ou à temps partiel très réduit.
Là encore, la déclaration commune est souvent gagnante. Vous ne payez pas « deux fois » de l’impôt, bien au contraire : l’absence de revenus d’un côté vient diminuer le revenu moyen par part, et donc l’impôt global.
Quand l’imposition séparée peut-elle vous faire économiser ?
Ce n’est pas le cas le plus courant, mais il existe tout de même des configurations où rester séparés (fiscalement !) l’année du mariage est intéressant.
Voici quelques situations à surveiller :
Revenus très proches et assez modestes
Si vous avez tous les deux des revenus :
- Plutôt proches.
- Et pas très élevés (par exemple, tous les deux dans une tranche faible ou nulle).
Il peut arriver que l’imposition séparée ne soit pas moins avantageuse, voire (dans certains cas spécifiques) légèrement meilleure, surtout si :
- Certains abattements ou réductions sont plafonnés par foyer.
- Vous bénéficiez chacun, en étant seuls, d’avantages particuliers (par exemple, frais réels, charges spécifiques).
Dans ce cas, la seule façon d’être sûr, c’est de faire des simulations (on y revient un peu plus loin).
Revenus exceptionnels l’année du mariage
Autre cas un peu plus technique : l’un de vous perçoit un revenu exceptionnel cette année-là (prime importante, plus-value, indemnité spécifique, etc.), tandis que l’autre a un revenu beaucoup plus faible.
Le réflexe serait de penser que la déclaration commune lisse le choc… ce qui est souvent vrai. Mais dans certains cas, des mécanismes spécifiques (comme le système du quotient pour revenus exceptionnels) peuvent rendre la situation plus subtile.
Là encore, la bonne pratique est simple :
- Simuler une déclaration commune.
- Simuler deux déclarations séparées.
- Comparer ligne par ligne l’impôt dû.
Oui, c’est un peu fastidieux. Mais si la différence représente 400, 800, voire 1 000 €, le jeu en vaut souvent la chandelle.
Charges déductibles, crédits et réductions d’impôt : à qui profitent-ils ?
L’année du mariage, il ne s’agit pas seulement de revenus. Les choix fiscaux portent aussi sur les :
- Charges déductibles (pensions alimentaires, PER, etc.).
- Crédits et réductions d’impôt (emploi à domicile, dons, garde d’enfants, investissements, etc.).
En déclaration commune, tous ces éléments sont agrégés pour le foyer. En imposition séparée, chacun garde « ses » déductions et avantages.
Quelques points à garder en tête :
- Un crédit d’impôt est plus intéressant s’il vient réduire un impôt réellement dû.
- En imposition séparée, si l’un des conjoints a très peu d’impôt à payer, une partie des crédits d’impôt peut se transformer en remboursement (ce qui n’est pas une mauvaise chose).
- Mais en commun, certains plafonds de réductions s’apprécient au niveau du foyer et peuvent être plus élevés.
Par exemple, pour l’emploi d’un salarié à domicile, le plafond des dépenses prises en compte est apprécié par foyer. Idem pour de nombreux dispositifs de défiscalisation.
En résumé : l’année du mariage, les crédits et réductions peuvent faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre, selon que vous les concentrez sur un seul avis ou que vous les répartissez sur deux.
Comment faire concrètement votre choix dans la déclaration ?
Heureusement, l’administration fiscale a prévu le coup. Vous n’avez pas à envoyer un courrier manuscrit pour expliquer votre situation amoureuse.
Lors de la déclaration en ligne, l’année suivant votre mariage :
- Le service vous demande si votre situation familiale a changé (mariage, PACS, divorce, etc.).
- Vous indiquez votre date de mariage.
- Ensuite, vous avez la possibilité d’opter pour une imposition commune ou séparée.
Il est souvent possible de faire plusieurs simulations sur le site impots.gouv.fr, ou en utilisant un simulateur officiel. L’idée est simple :
- Faire une simulation en déclarant séparément (comme si vous étiez encore célibataires).
- Faire une autre simulation en déclarant ensemble, avec la situation « mariés ».
Vous comparez ensuite :
- Impôt total (en additionnant vos deux déclarations si vous simulez l’imposition séparée).
- Impôt total en déclaration commune.
Et vous choisissez… la facture la plus basse. Le fisc ne s’en formalisera pas, c’est prévu par la loi.
Ne négligez pas le prélèvement à la source
Depuis le prélèvement à la source, les choses se corsent légèrement… mais rien d’insurmontable.
Quand vous vous mariez, deux points importants :
- Vous pouvez choisir un taux de prélèvement commun ou individualisé.
- Le mariage peut modifier sensiblement votre taux, surtout si vos revenus sont très différents.
Exemple classique :
- Avant le mariage, celui qui gagne le plus a un taux élevé prélevé sur son salaire.
- Après mariage et mise en place d’un taux commun, ce taux peut baisser, ce qui allège immédiatement ses prélèvements mensuels.
À l’inverse, celui qui avait un faible taux (ou aucun) peut en voir apparaître un. D’où l’intérêt de bien paramétrer votre taux (commun ou individualisé) après le mariage, en fonction de ce que vous souhaitez :
- Taux commun pour lisser les choses.
- Taux individualisé pour que chacun paie un pourcentage en fonction de ses propres revenus.
Vous pouvez déclarer le changement de situation (mariage) dans votre espace particulier sur impots.gouv.fr, rubrique « Gérer mon prélèvement à la source ».
Impact sur les autres impôts : ne regardez pas que l’impôt sur le revenu
L’année du mariage, ce n’est pas seulement votre impôt sur le revenu qui peut changer. D’autres impôts peuvent aussi être impactés :
- IFI (impôt sur la fortune immobilière) : le patrimoine immobilier du couple est désormais apprécié au niveau du foyer, pas séparément.
- Taxe d’habitation (pour les résidences encore concernées) : la composition du foyer et les revenus peuvent modifier les dégrèvements éventuels.
- Taxe foncière : elle ne dépend pas directement de vos revenus, mais la manière dont vous vous organisez pour la payer peut changer, notamment en cas d’achat commun.
Si vous êtes proches des seuils d’IFI, par exemple, le mariage peut faire basculer votre patrimoine immobilier dans le champ de l’impôt. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle (cela signifie surtout que votre patrimoine immobilier est confortable), mais il vaut mieux l’anticiper.
Quelques erreurs fréquentes à éviter
Pour terminer sur de bonnes bases, voici les pièges dans lesquels je vois souvent tomber les couples l’année de leur mariage :
- Négliger de faire des simulations : se contenter de la solution « par défaut » sans comparer peut vous coûter cher.
- Penser que la déclaration commune est toujours gagnante : c’est vrai dans beaucoup de cas, mais pas tous. Chaque situation est unique.
- Oublier de signaler le mariage au fisc : surtout pour le prélèvement à la source. Résultat : mauvais taux appliqués, voire rattrapage désagréable plus tard.
- Mal répartir les charges déductibles et les crédits d’impôt dans les simulations : si vous testez l’imposition séparée, assurez-vous de ventiler correctement les dépenses (dons, emploi à domicile, etc.).
- Confondre choix temporaire et définitif : le choix entre imposition commune ou séparée ne vaut que pour l’année du mariage. L’année suivante, sauf changement de situation, vous serez imposés ensemble.
La bonne méthode pour payer le moins possible l’année du mariage
En pratique, voici la démarche que je recommande souvent à mes lecteurs (et que j’appliquais en cabinet) :
- Rassembler toutes vos informations : revenus, charges, crédits d’impôt, placements déductibles (PER, etc.).
- Faire une simulation chacun séparément, comme si vous restiez célibataires.
- Faire une simulation en déclarant mariés, avec une déclaration commune.
- Comparer calmement les deux factures fiscales.
- Ne pas oublier d’intégrer le prélèvement à la source dans votre réflexion (taux commun ou individualisé).
En vous y prenant un minimum en amont, vous pouvez même :
- Adapter certaines décisions de fin d’année (versements sur un PER, dons, travaux, etc.).
- Optimiser qui supporte quelle dépense, si vous optez pour l’imposition séparée.
Après tout, si vous prenez des jours entiers pour choisir le lieu du vin d’honneur, réserver une heure pour optimiser votre fiscalité de couple n’est pas déraisonnable… surtout si cela finance une partie du voyage de noces.
L’année de votre mariage est une année charnière, fiscalement parlant. En comprenant les règles du jeu et en utilisant intelligemment la liberté de choix qui vous est offerte, vous pouvez transformer une formalité administrative en véritable opportunité d’optimisation. Et cela, sans perdre le romantisme de l’événement : payer moins d’impôt à deux, c’est aussi une belle façon de commencer la vie commune.
