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Puis-je acheter un appartement avec mon fils : incidences fiscales, succession et précautions à prendre

Puis-je acheter un appartement avec mon fils : incidences fiscales, succession et précautions à prendre

Puis-je acheter un appartement avec mon fils : incidences fiscales, succession et précautions à prendre

Vous envisagez d’acheter un appartement avec votre fils, pour l’aider à se loger ou préparer votre succession ? Excellente idée sur le papier… à condition de bien cadrer les aspects fiscaux, successoraux et pratiques. Car un achat mal structuré aujourd’hui peut se transformer en casse-tête juridique pour lui (ou pour vos autres enfants) demain.

Dans cet article, on va passer en revue les principales options, leurs conséquences fiscales, ce qui se passe au décès, et les précautions indispensables pour éviter les mauvaises surprises. Objectif : que vous puissiez dire « oui » à votre fils… mais avec un montage propre.

Les principales façons d’acheter un appartement avec son fils

Quand un parent achète avec son enfant, on retrouve généralement quatre grands schémas :

1. L’achat en indivision classique

C’est la solution la plus fréquente : vous achetez ensemble, chacun avec une quote-part (50/50, 60/40, 90/10…).

Concrètement :

Atout principal : simplicité. Juridiquement et fiscalement, on sait faire.

Inconvénient : l’indivision peut vite se transformer en source de tensions. Et au décès de l’un, ses héritiers entrent dans l’indivision… ce qui ajoute parfois de nouveaux acteurs à la table des décisions.

2. L’achat via une SCI (Société Civile Immobilière)

Vous créez une SCI familiale, qui achète le bien. Vous et votre fils détenez des parts de la société plutôt que le bien lui-même.

Intérêt de la SCI :

En revanche :

3. L’achat en démembrement de propriété (nue-propriété / usufruit)

Vous pouvez aussi jouer sur la séparation entre la propriété du bien et son usage.

Exemples typiques :

Au terme de l’usufruit (souvent au décès de l’usufruitier), le nu-propriétaire récupère la pleine propriété automatiquement, sans droits de succession. C’est un outil puissant pour préparer la transmission.

4. La clause de tontine (plus rare en famille)

On trouve parfois la tontine dans les achats entre conjoints ou partenaires : « au décès de l’un, le survivant est considéré comme ayant toujours été seul propriétaire ».

Entre parent et enfant, c’est plus délicat et rarement conseillé : fiscalement et civilement, ce n’est pas l’outil le plus adapté pour organiser une succession équilibrée entre plusieurs enfants.

Les incidences fiscales lors de l’achat et durant la détention

Une fois le schéma choisi, il faut regarder comment le fisc voit tout cela. Quelques points clés.

Droits de mutation à l’achat

Les droits de mutation (les fameux « frais de notaire ») sont dus de la même façon, que vous achetiez seul, avec votre fils, en indivision ou via une SCI transparente (SCI à l’IR). L’achat n’est pas, en soi, une opération fiscalement pénalisante.

En revanche, attention à un point souvent négligé : si la répartition dans l’acte ne correspond pas aux apports réels, le fisc peut y voir une donation déguisée.

Exemple :

Les 40 % de différence correspondent à un avantage consenti à votre fils, donc potentiellement à une donation taxable aux droits de donation (après abattement).

Impôt sur le revenu en cas de location

Si le bien est loué :

Important : la quote-part de revenus doit coller à la réalité des parts de chacun. On évite les bricolages du type « je prends les loyers, tu auras plus tard » sans cadre juridique…

IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière)

Si vous êtes imposable à l’IFI :

Si l’opération est largement financée par crédit, la dette vient contribuer à réduire l’assiette IFI (sous conditions classiques).

Donation déguisée ou indirecte : le point de vigilance n°1

La grande inquiétude de l’administration, c’est que l’achat à deux serve à faire passer un coup de pouce « gratuit » au fils, sans payer de droits de donation.

Risques de requalification en donation :

Ce n’est pas interdit d’aider son enfant. Mais il faut choisir : soit on assume la donation (et on l’optimise fiscalement), soit on documente un véritable prêt familial.

Ce qui se passe au décès : succession, partage et autres enfants

La question qui fâche… mais qu’il faut poser avant la signature : que se passe-t-il au décès du parent ?

En indivision simple

Supposons :

À votre décès :

Résultat : il se retrouve associé à ses frères et sœurs dans l’indivision… ce qui n’était peut-être pas votre idée de départ.

Avec démembrement de propriété

Autre cas : vous avez acheté l’usufruit, votre fils la nue-propriété. À votre décès :

C’est très efficace pour favoriser un enfant… peut-être trop si vous en avez plusieurs. En cas d’atteinte à la réserve héréditaire, vos autres enfants pourraient contester l’opération et demander une « réintégration fictive » dans la succession.

En SCI

En SCI, ce ne sont pas les briques qui se transmettent mais les parts sociales. Au décès :

C’est l’un des grands intérêts de la SCI : mieux organiser la gouvernance et la transmission, au lieu de subir l’indivision successorale.

Attention aux autres enfants

Si vous avez plusieurs enfants, aider l’un d’entre eux à acheter s’analyse, juridiquement, comme un avantage particulier qu’il faudra souvent régulariser :

Ne pas formaliser ce point, c’est prendre le risque d’empoisonner les relations familiales plus tard. Mieux vaut clarifier pendant que tout le monde s’entend encore bien…

Quelques schémas pratiques pour acheter avec son fils

Pour rendre tout cela plus concret, examinons trois situations courantes.

Cas n°1 : vous financez presque tout, votre fils est coacheteur

Scénario classique : votre fils a peu d’épargne, vous avez la capacité financière. Vous aimeriez le mettre tout de suite en copropriété.

Options possibles :

Cas n°2 : achat pour loger votre fils, qui ne paie pas de loyer

Vous achetez avec lui, il habite le logement, vous n’avez pas l’intention de percevoir un loyer.

À surveiller :

Si vous souhaitez formaliser les choses, vous pouvez :

Cas n°3 : achat via SCI pour préparer la transmission à plusieurs enfants

Vous créez une SCI avec votre fils, qui habite le bien, et vous comptez plus tard y associer vos autres enfants.

Points d’attention :

Les précautions à prendre avant de signer avec votre fils

Au-delà de la technique juridique, un achat à deux doit être géré comme un véritable projet patrimonial familial. Quelques garde-fous simples à mettre en place.

1. Clarifier qui paie quoi (et le consigner par écrit)

Pour éviter qu’un jour, quelqu’un dise « Mais j’ai tout payé ! », mieux vaut prévoir noir sur blanc :

En indivision, un pacte d’indivision peut préciser ces éléments. En SCI, ce seront les statuts ou un pacte d’associés.

2. Sécuriser un prêt familial

Si vous « prêtez » à votre fils pour qu’il achète, faites-le dans les règles :

À défaut, le fisc peut considérer qu’il s’agit non d’un prêt, mais d’une donation déguisée.

3. Anticiper une possible séparation ou un changement de situation

Vous aidez aujourd’hui votre fils célibataire : très bien. Mais demain ?

En indivision, chacun peut demander le partage « nul ne peut être contraint à rester dans l’indivision ». D’où l’intérêt d’une convention d’indivision qui limite, pendant un certain temps, la possibilité de vendre sans l’accord de l’autre.

En SCI, les statuts peuvent prévoir des mécanismes de rachat de parts ou d’agrément des nouveaux associés (par exemple, son conjoint).

4. Protéger le projet en cas de décès prématuré

On pense souvent au décès du parent… beaucoup moins à celui du fils. Et pourtant :

Quelques outils possibles :

5. Vérifier la cohérence avec l’ensemble de votre patrimoine

Dernier point, souvent négligé : acheter avec votre fils doit s’intégrer dans une stratégie globale :

Un rendez-vous avec un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine permet, en une ou deux séances, de valider que le schéma retenu ne crée pas d’incohérence majeure.

En résumé, acheter un appartement avec votre fils est non seulement possible, mais souvent pertinent fiscalement et patrimonialement… à condition de ne pas se contenter d’un simple « on achète à deux et on verra bien ». En structurant correctement l’opération (indivision, SCI, démembrement), en officialisant l’aide financière (donation ou prêt) et en pensant dès aujourd’hui à l’après (succession, autres enfants, décès, séparation), vous transformez un beau geste de solidarité familiale en véritable atout patrimonial pour plusieurs générations.

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