Vous avez l’impression que chaque réforme des retraites ressemble un peu à un épisode de série dont on connaît déjà la fin ? Âge légal qui recule, durée de cotisation qui s’allonge, pensions qui stagnent pendant que l’inflation, elle, ne se prive pas… Bref, l’idée d’une baisse progressive des retraites n’est plus un scénario catastrophiste, c’est un risque très sérieux.
La bonne nouvelle, c’est qu’en matière de retraite, le pire n’est jamais certain… à condition d’anticiper. Et c’est exactement ce qu’on va faire ensemble : passer en revue les scénarios possibles de diminution des retraites, puis voir comment bâtir une stratégie patrimoniale pour ne pas subir cette baisse, mais la neutraliser – voire, pour certains, en tirer parti.
Pourquoi la baisse des retraites est plus qu’un simple débat politique
Avant de parler solutions, un détour rapide par le décor. Vous allez voir, ce n’est pas que du “blabla macro-économique” : ça a des conséquences très concrètes sur votre niveau de vie futur.
Trois forces jouent en même temps contre la générosité du système :
- Le vieillissement de la population : plus de retraités, moins d’actifs pour les financer. Le ratio cotisants / retraités se dégrade.
- Des carrières moins linéaires : études plus longues, périodes de chômage, reconversions, indépendants… Tout cela signifie moins de trimestres validés ou des salaires de référence plus faibles.
- Une pression budgétaire permanente : pour éviter l’explosion des déficits, l’État a deux armes principales : reculer l’âge et… diminuer la générosité des pensions (de manière directe ou indirecte).
Je le dis souvent en rendez-vous : la retraite par répartition, c’est comme un gâteau qu’on partage à plusieurs. Si les convives sont toujours plus nombreux et que les ingrédients coûtent plus cher, il n’y a que trois solutions : faire un gâteau plus gros (croissance forte), couper des parts plus petites (baisse des pensions) ou faire patienter certains invités (recul de l’âge).
Or, l’hypothèse d’une croissance forte et durable n’est pas exactement celle sur laquelle s’appuient les derniers rapports officiels…
Les scénarios possibles de baisse des retraites
Quand on parle de « baisse », ce n’est pas forcément une baisse brutale et visible sur le bulletin de pension. Le plus souvent, cela se fait par petites touches, sur plusieurs années, parfois en toute discrétion.
Voici les principaux scénarios envisageables, qui peuvent se combiner.
Scénario 1 : désindexation partielle ou retardée des pensions
C’est le plus classique et le plus “indolore” politiquement. Il consiste à augmenter les pensions moins vite que l’inflation, ou avec du retard.
Par exemple :
- Inflation à 4 %, pensions revalorisées de 2 % seulement,
- ou revalorisation décalée de plusieurs mois, ce qui crée une perte de pouvoir d’achat réelle.
Sur un an, on se dit “ce n’est pas dramatique”. Mais sur 10, 15, 20 ans de retraite, l’érosion peut être très importante. C’est un peu comme un petit trou dans un seau d’eau : au début, ça ne se voit pas, puis un jour le seau est à moitié vide.
Impact pour vous : votre pension brute ne baisse pas, mais votre niveau de vie décroche progressivement par rapport aux actifs… et par rapport à vos propres dépenses (logement, santé, énergie).
Scénario 2 : baisse relative du taux de remplacement
Le “taux de remplacement”, c’est le pourcentage de votre dernier revenu d’activité que la retraite vous permet de conserver. Historiquement, on tournait souvent autour de 70–75 % pour un salarié ayant une carrière complète. Les projections officielles envisagent une érosion progressive, parfois vers 50–60 % pour certaines générations et certains profils.
Les leviers pour y arriver :
- augmenter le nombre de trimestres requis,
- durcir les règles des régimes complémentaires,
- changer la façon de calculer le salaire de référence (plus d’années prises en compte, donc moyenne plus faible).
Concrètement : vous aurez peut-être l’impression d’avoir “joué le jeu” toute votre vie (cotisation, carrière complète), mais la promesse implicite – conserver un niveau de vie proche de celui d’avant – ne sera plus tenue.
Scénario 3 : fiscalité plus lourde sur les retraités
Moins visible dans les grands débats, mais tout aussi efficace : augmenter la pression fiscale sur les retraités eux-mêmes.
Par exemple :
- réduction d’abattements spécifiques (comme pour les plus de 65 ans),
- augmentation de la CSG sur les pensions,
- remise en cause de certains avantages locaux (taxe foncière, exonérations).
Là encore, votre pension brute peut sembler stable, mais votre revenu net après impôts, lui, diminue. Gênant, surtout quand on a peu de marge de manœuvre sur les dépenses.
Scénario 4 : incitation “douce” au cumul emploi-retraite
Dernier scénario : au lieu de baisser franchement les pensions, on incite les retraités à continuer de travailler plus longtemps via le cumul emploi-retraite, avec éventuellement des droits supplémentaires limités.
Cela ne se traduira pas forcément par une baisse mécanique des retraites… mais par le fait que, pour maintenir un niveau de vie satisfaisant, il deviendra plus “normal” de travailler plus tard, surtout pour les générations qui arrivent.
Selon votre état de santé et votre métier, ce n’est pas toujours possible. D’où l’intérêt de ne pas tout miser sur cette carte.
Comment transformer ce constat en plan d’action patrimonial
Une fois qu’on accepte que la retraite par répartition ne suffira probablement pas à maintenir le niveau de vie, la question devient beaucoup plus intéressante :
“Comment créer mes propres compléments de revenus pour ne pas dépendre uniquement des décisions politiques ?”
L’idée n’est pas de tout faire en même temps, ni du jour au lendemain, mais de construire une stratégie en plusieurs piliers, comme on bâtit une maison solide.
Pilier 1 : connaître votre “trou de retraite”
Avant même de parler de produits (PER, assurance vie, immobilier…), il faut une chose : un diagnostic.
Je vous invite à faire un exercice simple mais très puissant :
- Estimez votre future pension (via les simulateurs officiels, vos relevés de carrière).
- Projetez votre budget de vie à la retraite (logement, loisirs, santé, aides aux enfants/petits-enfants…).
- Calculez l’écart entre les deux : c’est votre “trou de retraite”.
Par exemple, si vous visez 3 000 € nets mensuels pour vivre confortablement et que votre pension estimée tourne autour de 2 200 €, votre déficit est de 800 € par mois. Ce chiffre devient votre boussole pour définir :
- combien mettre de côté,
- sous quelle forme,
- et avec quel horizon de temps.
Sans cette étape, on navigue à vue. Avec elle, chaque décision patrimoniale devient plus cohérente.
Pilier 2 : l’assurance vie comme “couteau suisse” de la retraite
Sur ce blog, vous savez déjà que je tiens l’assurance vie en très haute estime. Et ce n’est pas par fétichisme d’épargnant : c’est parce qu’elle coche presque toutes les cases pour préparer des compléments de revenus face à la baisse des retraites.
Trois atouts majeurs à garder en tête :
- Souplesse des versements et des retraits : vous versez quand vous voulez, vous retirez ce que vous voulez, sans obligation de transformer votre capital en rente.
- Cadre fiscal avantageux dans la durée : au bout de 8 ans, abattement annuel sur les gains (4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple), et possibilité de calibrer vos rachats pour limiter fortement l’impôt.
- Transmission facilitée : tout ce que vous n’utiliserez pas pour votre retraite pourra profiter à vos proches, avec une fiscalité souvent plus douce que la succession classique.
Concrètement, pour anticiper une baisse de retraite, l’assurance vie peut servir à :
- Constituer un capital à 10, 15, 20 ans,
- Le transformer progressivement en complément de revenu via des rachats partiels programmés à partir de votre départ à la retraite,
- Adapter le niveau de retrait en fonction de la réalité (inflation plus forte, dépenses de santé, aide à un enfant, etc.).
Une anecdote : j’ai accompagné un couple de jeunes retraités, qui avaient alimenté une assurance vie “sans trop y croire” pendant 20 ans, 300 à 400 € par mois. Résultat : à 63 ans, ils disposaient d’un capital suffisant pour se verser 600 à 700 € par mois de complément pendant plus de 25 ans, tout en restant dans une fiscalité très modérée. De quoi transformer une retraite “juste correcte” en retraite vraiment confortable.
Pilier 3 : PER et dispositifs retraite dédiés – alliés ou pièges ?
Le Plan d’Épargne Retraite (PER) a été présenté comme “LA” réponse à la baisse des retraites. Il a des qualités, mais aussi des contraintes qu’il faut connaître.
Ses points forts :
- Versements déductibles de votre revenu imposable (dans certaines limites),
- Capital disponible à la retraite (possibilité de sortie en capital, pas seulement en rente),
- Cadre intéressant pour les indépendants et certains salariés très imposés.
Ses limites :
- Argent globalement bloqué jusqu’à la retraite (hors cas de déblocage anticipé),
- Fiscalité à la sortie qui dépend beaucoup de votre situation (et de vos autres revenus),
- Manque de souplesse par rapport à une assurance vie.
Dans une stratégie d’anticipation de la baisse des retraites, je vois souvent le PER comme un outil complémentaire à l’assurance vie :
- Intéressant si vous êtes fortement imposé aujourd’hui et que vous anticipez un taux d’imposition plus faible à la retraite.
- Moins prioritaire si votre taux d’imposition est modéré : dans ce cas, la souplesse de l’assurance vie est souvent plus précieuse que l’avantage fiscal immédiat.
L’idée clé : ne pas “mettre tout sur le PER” sous prétexte que c’est un produit estampillé retraite. On prépare d’autant mieux sa retraite qu’on reste maître de son capital.
Pilier 4 : l’immobilier comme rempart partiel… mais pas magique
L’immobilier est souvent présenté comme la solution miracle : “Achetez un bien, louez-le, et vos loyers remplaceront votre retraite.” Dans la pratique, c’est un peu plus subtil.
Les vrais atouts de l’immobilier dans ce contexte :
- Possibilité de percevoir des revenus relativement récurrents (loyers),
- Capitalisation à crédit : ce sont (en partie) les locataires qui remboursent le prêt,
- Intérêt particulier si vous avez une bonne capacité d’emprunt aujourd’hui.
Mais aussi des contraintes à ne pas sous-estimer :
- Gestion locative, impayés, vacances, travaux, réglementations (DPE, etc.),
- Fiscalité parfois lourde sur les loyers, surtout en location nue,
- Moindre liquidité : difficile de vendre “un bout” d’appartement si vous avez besoin de 20 000 €.
Dans une stratégie patrimoniale anti-baisse-des-retraites, l’immobilier peut être un très bon complément, à condition de :
- bien choisir le type de location (nu, meublé, LMNP, SCPI, etc.),
- ne pas négliger la diversification (ne pas faire uniquement de l’immobilier),
- prévoir une marge de sécurité pour les aléas (vacance, travaux lourds).
Le combo que je vois souvent fonctionner : un ou deux biens bien choisis, destinés à être conservés ou arbitrés au moment de la retraite, en parallèle d’une bonne assurance vie. Le capital issu de la vente peut alors venir renforcer l’enveloppe financière génératrice de revenus souples.
Pilier 5 : prévoir une marge contre l’inflation
Beaucoup de stratégies de retraite échouent sur un point : elles sous-estiment totalement l’inflation sur le long terme. Rappelez-vous le scénario 1 : si vos pensions sont mal indexées, mais que vos dépenses augmentent chaque année, vous êtes pris en étau.
Deux pistes pour s’en prémunir partiellement :
- Accepter une part de placements dynamiques (actions, unités de compte, ETF) dans vos contrats d’assurance vie ou PER tant que vous êtes encore en phase de constitution,
- Ne pas figer totalement son patrimoine en supports garantis à 1 ou 2 %, qui deviennent des machines à perdre de l’argent en termes de pouvoir d’achat si l’inflation dépasse ces niveaux.
L’idée n’est pas de jouer au trader à 58 ans, mais d’avoir un capital qui progresse au moins autant – voire plus – que l’inflation sur la durée. Ensuite, à l’approche de la retraite, on peut progressivement sécuriser une partie des gains vers des supports plus prudents, tout en gardant une poche dynamique raisonnable.
Pilier 6 : organiser ses revenus pour optimiser la fiscalité
Si l’on anticipe une pression fiscale accrue sur les retraités, la question n’est plus seulement “combien je perçois ?”, mais “dans quelles conditions fiscales je le perçois ?”.
C’est là que la combinaison intelligente des différents supports prend tout son sens :
- Utiliser l’assurance vie pour générer une partie de ses revenus défiscalisés ou peu fiscalisés, grâce aux abattements sur les gains après 8 ans.
- Arbitrer entre pension, revenus fonciers et rachats sur assurance vie pour lisser sa tranche marginale.
- Adapter le rythme des retraits aux seuils fiscaux (par exemple, pour rester dans une tranche d’imposition donnée ou sous certains plafonds sociaux).
Un même revenu brut peut ainsi coûter beaucoup plus ou beaucoup moins cher en impôts selon sa source et sa répartition. C’est tout l’intérêt d’anticiper dès maintenant, plutôt que de subir les règles à 65 ans sans marge de manœuvre.
Par où commencer concrètement ?
Pour ne pas rester sur de la théorie, je vous propose une petite feuille de route, adaptable à votre situation :
- Étape 1 : faites votre diagnostic retraite (simulations officielles + estimation de votre budget souhaité).
- Étape 2 : listez vos supports actuels : livrets, PEL, assurance vie, immobilier, épargne salariale, etc.
- Étape 3 : identifiez le manque à gagner mensuel prévu et le temps qu’il vous reste avant la retraite.
- Étape 4 : définissez un plan d’épargne réaliste (mensuel/annuel) pour combler ce manque, essentiellement via :
- un ou plusieurs contrats d’assurance vie bien construits,
- éventuellement un PER si vous êtes fortement imposé,
- et, pour certains, un projet immobilier réfléchi.
- Étape 5 : revoyez ce plan tous les 2–3 ans pour l’ajuster : revenus, fiscalité, projets de vie, tout évolue.
Ce qui compte, ce n’est pas de tout optimiser au millimètre dès le premier jour, mais de sortir de l’illusion selon laquelle la retraite publique suffira et de reprendre la main sur votre futur niveau de vie.
La baisse des retraites, sous une forme ou une autre, est un risque sérieux. Mais elle n’est pas une fatalité pour votre confort de vie si vous acceptez deux principes simples : commencer suffisamment tôt et bâtir une stratégie patrimoniale cohérente, où l’assurance vie tient souvent le premier rôle, bien entourée d’autres briques (PER, immobilier, épargne de précaution).
En résumé : l’État vous fournira un socle. À vous, dès aujourd’hui, de construire les étages au-dessus. Et croyez-moi, mieux vaut choisir soi-même le plan de l’immeuble plutôt que découvrir, à 67 ans, qu’on n’a droit qu’à un studio mansardé.

