On entend souvent parler de « fonds de pension » dans les médias, comme si c’était le Graal de la retraite dans les pays anglo-saxons. En France, nous avons plutôt nos régimes obligatoires, nos PER… et surtout notre bonne vieille assurance vie. Mais au fond, qu’est-ce qu’un fonds de pension, comment ça fonctionne, et surtout, en quoi cela diffère-t-il de l’assurance vie à la française ?
C’est ce que je vous propose de décortiquer dans cet article, avec un objectif simple : vous permettre de comprendre la logique de ces systèmes étrangers pour mieux apprécier les forces (et les limites) de nos propres outils d’épargne.
Qu’est-ce qu’un fonds de pension ?
Commençons par une image simple : un fonds de pension, c’est comme une grosse tirelire collective destinée à financer les retraites, principalement dans les pays où la retraite par capitalisation est très développée (États-Unis, Royaume-Uni, Pays-Bas, etc.).
Contrairement à la retraite par répartition, où les actifs paient directement les pensions des retraités, le fonds de pension fonctionne sur un principe de capitalisation :
En résumé, chacun épargne pour soi, au sein d’un grand pot commun géré par des professionnels. On est loin du modèle à la française où la retraite repose d’abord sur un système collectif obligatoire.
Important : un fonds de pension n’est pas un produit d’épargne au détail comme l’assurance vie. C’est une structure de gestion dédiée à la retraite, souvent liée à un employeur, à une profession ou à un secteur d’activité.
Comment fonctionne un fonds de pension ?
Il existe une grande variété de fonds de pension dans le monde, mais on peut en dégager quelques caractéristiques récurrentes.
D’abord, on distingue généralement deux grands types de régimes de retraite gérés par des fonds de pension :
Dans un régime à prestations définies, c’est le montant futur de la pension qui est garanti (par exemple 60 % du dernier salaire), et les cotisations sont ajustées pour tenir cet engagement. Le risque financier (performance des marchés, espérance de vie, etc.) repose surtout sur l’employeur ou l’organisme gestionnaire.
Dans un régime à cotisations définies, c’est le montant des cotisations qui est fixé (par exemple 5 % du salaire du salarié + 5 % de l’employeur), mais le montant final de la retraite dépend de la performance du fonds. Le risque est davantage supporté par l’épargnant.
Concrètement, pour le salarié, cela ressemble à ceci :
J’ai souvent vu, en rendez-vous, des expatriés revenir en France avec une liasse de relevés de fonds de pension étrangers, complètement perdus. Le point commun ? Ils n’avaient quasiment jamais choisi eux-mêmes la structure, tout était géré automatiquement via leur employeur. Là où un Français pense « assurance vie » ou « PER », l’Américain ou le Britannique pense « plan de retraite d’entreprise » alimenté par un fonds de pension.
Fiscalité des fonds de pension : les grandes lignes
Il n’existe pas une fiscalité unique des fonds de pension : chaque pays a ses propres règles. Mais on retrouve souvent un schéma récurrent dans les régimes de retraite par capitalisation :
On parle parfois de logique « EET » (Exempt – Exempt – Taxed) : exonéré à l’entrée, exonéré pendant la vie du contrat, taxé à la sortie.
En France, notre assurance vie est structurée différemment : on paye l’impôt sur les revenus (par exemple sur les dividendes) de manière intégrée à la fiscalité de l’assurance vie, puis la sortie bénéficie d’une fiscalité avantageuse après 8 ans, surtout en cas de rachat partiel. On est davantage sur une logique « TEE » (Taxed – Exempt – Exempt) ou « taxé modérément » à la sortie.
Et pour un résident fiscal français qui a cotisé à un fonds de pension étranger ? Là, la situation se complique : tout dépend du pays d’origine, des conventions fiscales internationales, du type de régime, de la forme de la sortie (rente ou capital)… C’est typiquement le genre de dossier où il faut sortir la loupe, les textes de convention et parfois… le café serré.
Mais pour comprendre les différences avec l’assurance vie, l’essentiel à retenir est ceci : dans de nombreux pays, la retraite via fonds de pension bénéficie d’avantages fiscaux forts à l’entrée, car l’État pousse les citoyens à préparer eux-mêmes activement leur retraite par capitalisation.
Assurance vie française : rappel express
Avant de comparer, remettons l’assurance vie française en quelques phrases.
L’assurance vie est avant tout :
Fiscalement, les principaux atouts sont :
Et, point crucial : l’assurance vie n’est pas uniquement dédiée à la retraite. Elle sert aussi :
En d’autres termes, là où le fonds de pension vise quasi exclusivement la retraite, l’assurance vie joue le rôle de « couteau suisse » de l’épargnant français.
Fonds de pension vs assurance vie : les différences clés
Maintenant que les deux objets sont bien posés sur la table, comparons-les point par point. On comprend mieux ainsi pourquoi on ne pourra jamais totalement « copier-coller » le modèle anglo-saxon en France.
Vu sous cet angle, l’assurance vie française n’est pas l’équivalent direct d’un fonds de pension. Elle est plus souple, plus patrimoniale, mais moins structurée comme un « pilier retraite » officiel.
Peut-on investir dans des fonds de pension quand on est en France ?
Question que j’entends régulièrement : « Georges, est-ce que je peux, moi, petit épargnant français, ouvrir un fonds de pension américain ou britannique pour profiter de leurs rendements et de leur système ? »
La réponse, dans la très grande majorité des cas, est non.
Les fonds de pension sont liés à un cadre juridique, social et fiscal propre à chaque pays. Ils sont généralement réservés :
Autrement dit, si vous ne travaillez pas dans le pays concerné et que vous n’êtes pas intégré à son système de retraite, vous n’aurez pas accès à ses fonds de pension. Et quand bien même vous y auriez accès, la fiscalité en France pourrait transformer un avantage à l’étranger en casse-tête à domicile.
En revanche, si vous avez travaillé à l’étranger et acquis des droits dans un fonds de pension, il est crucial d’en faire un inventaire précis. Je me souviens d’un client qui « redécouvrait » à 62 ans un ancien plan de retraite britannique oublié depuis 20 ans. Montant du pot ? Plus de 80 000 £. Autant dire que l’oubli aurait été coûteux.
Quel outil privilégier pour préparer sa retraite en France ?
En France, si l’on cherche l’équivalent le plus proche du « fonds de pension personnel », ce n’est pas l’assurance vie, mais plutôt le Plan d’Épargne Retraite (PER). Le PER reprend en partie la logique EET :
Là où l’assurance vie est un couteau suisse, le PER est un outil spécialisé pour la retraite, avec une carotte fiscale à l’entrée mais une contrepartie en termes de disponibilité des fonds.
Alors, pour préparer votre retraite, assurance vie ou PER ? La réponse est souvent : les deux, à des degrés variables, selon votre situation.
Quelques repères :
Dans ma pratique, la plupart des stratégies efficaces de préparation de retraite combinent un socle d’assurance vie (souple, transmissible, malléable) et un PER plus ciblé sur la réduction d’impôt immédiate.
Erreurs fréquentes… et quelques conseils pratiques
Pour terminer, quelques pièges que j’ai souvent vus, et que cet éclairage sur les fonds de pension peut vous aider à éviter.
En comprenant ce qu’est réellement un fonds de pension — un outil de retraite collectif, fiscalement encouragé et souvent moins souple qu’on ne l’imagine —, on apprécie mieux la logique de nos propres enveloppes françaises.
L’assurance vie n’est pas un « fonds de pension à la française » : c’est plus large, plus souple, plus patrimonial. Et c’est précisément pour cela qu’elle reste, encore aujourd’hui, la pierre angulaire de la stratégie de long terme de la plupart des épargnants… à condition, bien sûr, de savoir s’en servir intelligemment.

