Versement perp apres retraite : est-il encore intéressant d’alimenter son plan d’épargne retraite

Georges

Alimenter un ancien PERP après la retraite : bonne idée… ou fausse bonne affaire ?

Vous êtes à la retraite, vous avez un vieux PERP qui traîne au fond d’un classeur, et vous vous demandez s’il vaut encore la peine de l’alimenter ? Vous n’êtes pas le seul. Depuis l’arrivée du PER (le nouveau Plan d’Épargne Retraite), beaucoup de retraités se demandent quoi faire de leurs anciens produits.

On va voir ensemble, de façon très concrète, dans quels cas continuer à verser sur un PERP après la retraite peut encore être intéressant… et dans quels cas il vaut mieux garder votre carnet de chèques dans la poche.

Important au passage : le PERP n’est plus commercialisé, mais s’il a été ouvert avant la réforme, vous pouvez toujours l’alimenter, le gérer et en sortir selon les règles d’origine.

Petit rappel : comment fonctionne fiscalement un versement sur PERP ?

Avant de savoir si c’est intéressant d’alimenter votre PERP après la retraite, il faut rappeler la règle d’or : l’avantage du PERP, c’est la déduction fiscale à l’entrée.

En versant 1 000 € sur votre PERP, vous pouvez les déduire de votre revenu imposable, dans la limite de votre plafond retraite. L’intérêt dépend directement de votre taux marginal d’imposition (TMI).

En simplifiant :

  • Vous êtes dans une tranche à 11 % : verser 1 000 € vous fait économiser environ 110 € d’impôt.
  • Vous êtes dans une tranche à 30 % : 1 000 € versés = 300 € d’impôt économisés.
  • Vous n’êtes pas imposable : déduction… égale à zéro.

Au moment de la retraite (ou plus tard), les sommes sont converties en rente viagère imposable comme une pension, et soumises aux prélèvements sociaux sur les pensions (CSG, CRDS, CASA, etc. selon votre situation).

En clair, avec un PERP, vous jouez sur un décalage :

  • vous économisez de l’impôt aujourd’hui,
  • pour payer de l’impôt demain sur la rente.

La vraie question devient donc : à la retraite, est-ce toujours intéressant d’échanger un impôt “maintenant” contre un impôt “plus tard” ?

Retraite et PERP : ce qui change une fois que vous avez liquidé vos droits

Lorsque vous liquidez vos pensions (régime de base, complémentaire, etc.), vous passez dans une nouvelle phase financière : vos revenus baissent en général, et votre imposition change. C’est là que le PERP devient un peu plus subtil à manier.

Trois cas de figure classiques chez les retraités :

  • Vous êtes non imposable ou très faiblement imposé.
  • Vous êtes imposé à 11 %.
  • Vous restez dans une tranche à 30 % ou plus.

Dans chacun de ces cas, l’intérêt d’alimenter votre PERP n’est pas du tout le même.

Cas n°1 : vous n’êtes plus imposable (ou quasiment) à la retraite

C’est la situation la plus fréquente chez les retraités dont les revenus sont modestes ou dont le patrimoine est principalement immobilier sans gros revenus financiers.

Problème : si vous n’êtes pas imposable, vous ne profitez d’aucune économie d’impôt en alimentant votre PERP. Vous mettez de l’argent dans une enveloppe :

  • bloquée jusqu’à la liquidation de la rente (sauf cas de déblocage anticipé),
  • qui vous servira plus tard une rente imposable comme une pension.

Autrement dit, vous prenez le risque de rendre imposables des revenus futurs (la rente) alors que vous n’avez pas bénéficié de l’intérêt majeur du PERP : la déduction à l’entrée.

Dans ce cas précis, verser après la retraite sur un PERP ressemble un peu à :

“payer pour une réduction qui n’existe pas, et se rajouter des impôts plus tard”.

Sauf situations très particulières (par exemple, anticipation d’un retour à l’imposition plus tard, succession, souhait de rente à vie coûte que coûte…), alimenter votre PERP à la retraite quand vous êtes non imposable est rarement judicieux.

Cas n°2 : vous êtes encore imposable, mais à un taux marginal faible (11 %)

Vous avez une retraite correcte, quelques revenus fonciers ou financiers, et vous restez dans la tranche à 11 %. Là, l’arbitrage devient plus intéressant à regarder de près… mais reste souvent mitigé.

En versant, disons, 5 000 € sur votre PERP :

  • vous économisez 550 € d’impôt (11 % de 5 000 €),
  • mais vous transformez ce capital en revenus futurs imposables et soumis aux prélèvements sociaux.

Or, à la retraite :

  • vous pouvez être dans la même tranche d’imposition,
  • et vos pensions (ou rentes) supportent aussi la CSG, la CRDS, etc.

La manœuvre n’est vraiment intéressante que si l’écart entre votre situation fiscale aujourd’hui et celle de demain vous est favorable. À la retraite, quand cet écart n’existe plus ou est très faible, l’intérêt se réduit comme peau de chagrin.

Dans cette configuration :

  • si vous cherchez la flexibilité : l’assurance-vie est souvent plus adaptée,
  • si vous cherchez une déduction à tout prix : le PERP peut être utilisé, mais le gain n’est pas spectaculaire.

On est dans une zone grise : cela peut se défendre, mais ce n’est clairement pas l’outil miracle.

Cas n°3 : vous restez dans une tranche à 30 % ou plus même à la retraite

Vous faites partie des retraités “haut de gamme” : revenus de retraite élevés, patrimoine financier conséquent, éventuellement loyers, dividendes, etc. Votre taux marginal reste à 30 %, parfois 41 %.

Là, le PERP retrouve de l’intérêt, même après la retraite.

Exemple simplifié :

  • Vous êtes dans la tranche à 30 %.
  • Vous versez 10 000 € sur votre PERP.
  • Vous économisez immédiatement 3 000 € d’impôt (hors effets secondaires type plafonnement, RFR, etc.).

Plus tard, ces 10 000 € (et leurs gains) vous serviront une rente imposable. Mais :

  • Vous pouvez étaler la perception de la rente dans le temps.
  • Vous pouvez profiter de certaines années moins fiscalisées (par exemple, baisse de revenus).
  • Vous bénéficiez de la décote, des abattements, et éventuellement d’une tranche effective moindre selon la composition de vos revenus.

Dans les faits, pour un retraité encore fortement imposé :

  • oui, continuer à verser sur un PERP peut rester intéressant,
  • à condition de bien calculer le “taux de sortie” moyen de vos rentes,
  • et de comparer avec d’autres enveloppes comme l’assurance-vie ou le PER nouvelle génération.

C’est typiquement le genre de montage que je travaillais avec des chefs d’entreprise ou des professions libérales ayant pris leur retraite, mais continuant à percevoir des revenus importants (loyers, dividendes de société, etc.). Dans ces cas-là, la déduction à 30–41 % garde un vrai sens.

PERP après la retraite : points de vigilance souvent oubliés

Avant de vous précipiter sur un nouveau versement, prenez le temps de regarder quelques éléments que l’on a tendance à négliger.

1. Le blocage des fonds

Le PERP est par nature un produit “tunnel”. Même à la retraite, alimenter votre PERP, c’est accepter :

  • des fonds indisponibles,
  • qui serviront une rente viagère,
  • sans possibilité de récupérer librement le capital (sauf cas de sortie en capital prévus par le contrat, parfois limités).

Si vous souhaitez garder la main sur votre épargne (projet immobilier, aide aux enfants, imprévus de santé), ce manque de flexibilité est un vrai inconvénient.

2. La fiscalité à la sortie

La rente tirée du PERP est :

  • imposable comme une pension de retraite (après l’abattement de 10 %),
  • soumise aux prélèvements sociaux sur pensions (taux variable selon votre RFR, exonérations possibles pour les plus modestes).

Autrement dit, si votre objectif est de limiter vos revenus imposables à la retraite, le PERP n’est pas forcément votre meilleur ami. Vous transformez un capital “silencieux” en rente fiscalisée.

3. Les frais du contrat

Certains PERP anciens cumulent :

  • frais sur versement (3 %, 4 % et parfois plus),
  • frais de gestion élevés sur les unités de compte,
  • frais de gestion sur la rente.

Verser à nouveau sur ce type de contrat peut être une mauvaise affaire, même avec un avantage fiscal. Là où un PER individuel ou une bonne assurance-vie moderne vous offriront souvent des frais bien plus raisonnables.

4. L’impact sur votre taux de CSG et votre RFR

Les rentes de PERP augmentent votre revenu fiscal de référence (RFR). Cela peut :

  • vous faire changer de tranche de CSG sur vos pensions,
  • vous priver de certaines exonérations ou réductions,
  • vous faire franchir des seuils pour d’autres dispositifs (taxe d’habitation résiduelle sur résidences secondaires, par exemple).

Autrement dit, la rente n’impacte pas seulement votre impôt sur le revenu, mais tout un écosystème de prélèvements liés au RFR.

PERP ou PER “nouvelle génération” : faut-il transférer avant de verser ?

Un autre sujet qui revient souvent en rendez-vous : “Plutôt que d’alimenter mon vieux PERP, est-ce que je ne devrais pas le transférer vers un PER individuel récent et verser dessus ?”.

Quelques repères utiles :

  • Le PER individuel reprend le principe de déduction des versements, comme le PERP.
  • Mais il offre plus de souplesse à la sortie : possibilité de sortie en capital, parfois fractionnée, pour la partie issue de l’épargne volontaire.
  • Les frais des PER récents sont souvent plus compétitifs que ceux des anciens PERP, à condition de bien choisir.

Pour un retraité qui souhaite encore utiliser le levier fiscal des versements déductibles, la stratégie “je transfère mon PERP vers un PER, puis je continue à verser sur ce PER” peut avoir du sens :

  • Vous gardez la déduction à l’entrée.
  • Vous gagnez en flexibilité à la sortie (sortie en capital possible).
  • Vous pouvez parfois améliorer les frais et la qualité des supports d’investissement.

Attention toutefois : un transfert n’est pas anodin. Il doit être comparé ligne par ligne (frais, options de rente, éventuelles garanties) avant de signer.

Et par rapport à une assurance-vie, où se situe l’intérêt ?

À la retraite, la question n’est pas seulement “PERP : oui ou non ?”, mais “PERP ou autres enveloppes ?”. Et l’assurance-vie est souvent l’alternative naturelle.

Atouts de l’assurance-vie à la retraite :

  • Fonds disponibles à tout moment.
  • Fiscalité avantageuse après 8 ans (abattement annuel de 4 600 € ou 9 200 € pour un couple sur les gains retirés).
  • Possibilité de sortir en capital à la carte, sans obligation de rente.
  • Attractivité pour la transmission (surtout pour les primes versées avant 70 ans).

Atouts du PERP / PER à la retraite (si vous restez imposé fortement) :

  • Déduction immédiate des versements, ce que ne permet pas l’assurance-vie.
  • Pavé fiscal intéressant pour lisser votre impôt dans le temps si, par exemple, vous avez un pic de revenus sur quelques années.

En caricaturant :

  • Si vous cherchez la souplesse et la transmission : l’assurance-vie domine clairement.
  • Si vous cherchez avant tout à réduire votre impôt sur le revenu aujourd’hui, et que vous restez dans une tranche élevée : le PERP (ou mieux, un PER individuel moderne) a encore une carte à jouer.

Quelques situations concrètes où verser après la retraite peut, ou non, avoir du sens

Pour rendre tout cela plus digeste, prenons quelques cas “de vraie vie” que j’ai déjà rencontrés en cabinet.

Situation A : retraité non imposable

  • Revenus de retraite : 1 300 € par mois.
  • Pas d’autres revenus significatifs.
  • Objectif : sécuriser une petite épargne pour les imprévus.

Dans ce cas, ne versez pas sur un PERP. Une simple assurance-vie sur fonds euros, même avec des rendements modestes, sera plus adaptée : disponible, simple, sans transformer votre épargne en rente imposable.

Situation B : couple de retraités, tranche à 11 %, bon patrimoine

  • Revenus de retraite : 3 500 € nets par mois à deux.
  • Complétés par des revenus fonciers modérés.
  • Quelques économies déjà en assurance-vie.

Ils se demandent s’ils doivent verser 5 000 à 10 000 € par an sur leur PERP pour “faire baisser un peu les impôts”.

Dans ce cas, tout dépend :

  • de leur projet : transmission, besoin de capital, horizon de temps,
  • de la qualité de leur PERP (frais, options, etc.).

Souvent, l’arbitrage se fait en faveur de l’assurance-vie ou d’un PER moderne plutôt que de rajouter sur un PERP peu souple. Le gain fiscal n’est pas nul, mais loin d’être révolutionnaire.

Situation C : retraité fort imposé, revenus diversifiés

  • Ancien chef d’entreprise à la retraite.
  • Revenus de retraite + loyers + dividendes : TMI à 30 % voire 41 % certaines années.
  • Objectif : lisser sa fiscalité, optimiser la succession.

Ici, une stratégie combinant :

  • versements déductibles sur un PER (via transfert de l’ancien PERP si nécessaire),
  • gestion fine de la sortie (rente ou capital fractionné selon les années),
  • complétée par de l’assurance-vie pour la souplesse et la transmission,

peut s’avérer très pertinente. Dans ce contexte, continuer à alimenter un produit retraite, même après la retraite, peut avoir un vrai sens.

En pratique : comment décider si vous devez encore verser sur votre PERP ?

Pour résumer, posez-vous les questions dans cet ordre :

  • Suis-je imposable ? Si non, verser sur un PERP n’apporte quasiment rien, voire complique la suite.
  • Quel est mon taux marginal d’imposition ? En dessous de 11 %, l’intérêt est très limité. À 30 % ou plus, le PER ou PERP redevient intéressant.
  • Ai-je besoin de souplesse sur mon épargne ? Si oui, priorité à l’assurance-vie plutôt qu’au PERP.
  • Mon PERP est-il bon… ou poussiéreux et cher ? Si les frais sont élevés, pensez transfert vers un PER mieux conçu avant de remettre au pot.
  • Ai-je comparé avec un PER individuel moderne et avec l’assurance-vie ? La réponse devrait être oui avant tout nouveau versement significatif.

Le PERP a été, pendant des années, un excellent outil d’optimisation pour les actifs fortement imposés. Après la retraite, il peut encore rendre des services, mais uniquement dans des configurations bien précises, et à condition de ne pas oublier son principal défaut : il transforme votre capital d’aujourd’hui en revenus imposables de demain, souvent peu flexibles.

Si vous hésitez, prenez le temps de poser vos chiffres noir sur blanc : revenus actuels, taux marginal, besoins de liquidités, projets à moyen terme. Et n’hésitez pas à faire relire tout cela par un professionnel indépendant : un vieux PERP bien utilisé peut encore faire le job… mais un vieux PERP mal utilisé reste un très bon moyen de se compliquer la retraite.

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